Gwenn habitait chez sa grand-mère Enora depuis la mort de ses parents. C’était une petite fille espiègle aux jolis yeux verts et aux longs cheveux bruns qui tombaient en cascade ondulée sur ses épaules menues. Le seul souvenir qui lui restait de sa mère était un pendentif symbolisant le Triskell, qui ne quittait jamais son cou, toujours jalousement dissimulé sous ses vêtements, à l’abri des regards. Elle n’avait jamais su d’où venait ce bijou, mais du plus loin où remontaient ses souvenirs, l’avait toujours vu dans la famille.
Gwenn n’avait pas connu son père mais Enora lui avait conté bon nombre de ses exploits de valeureux Chevalier. Il défendait toujours les nobles causes et était un mari aimant et un père attentionné. Sa mère s’était éteinte à l’aube de son quatrième anniversaire. Il ne lui restait aujourd’hui en mémoire que l’image d’une belle femme, appréciée de tous pour ses nombreuses vertus. Mais un mystère entourait sa disparition. La petite fille avait alors questionné sa grand-mère à des centaines de reprises sans jamais obtenir de réponses claires. Au fil du temps, elle comprit qu’elle n’en aurait vraisemblablement jamais. Gwenn déambulait seule dans les rues paisibles de Dun Chaster, un petit hameau typique du Nord Ouest de l’Irlande. Tout respirait le calme et la tranquillité. Elle arpentait la rue principale du petit village où le passage régulier des villageois avait rendu le sol lisse et régulier. De part et d’autre, se dressaient des habitations, uniformes par leurs toits de chaume et leurs entrées en terre battue. Chacune possédait des toits pentus et bas afin de protéger les murs des fréquentes intempéries. Sur leur côté, à l’abri de la pluie, étaient amoncelées des centaines de bûches pour se chauffer durant le rude hiver. La pluie qui s’abattait souvent sur le pays avait rendu le sol sombre et humide, et les alentours de Dun Chaster étaient ainsi parsemés de champs fertiles. Gwenn continua sa marche puis traversa un pâturage où des moutons passaient tranquillement avant de se diriger vers les hauteurs, en direction d’une charmante petite maisonnette où sa grand-mère habitait. Elle emprunta un chemin sinueux, sous les frondaisons des grands arbres. Les sentiers étaient couverts par des hêtres et des chênes centenaires, aux racines profondément ancrées dans la terre. A chaque fois qu’elle atteignait le sommet de la colline, Gwenn contemplait toujours la demeure, où un verger et des plantations étranges et inconnues poussaient le long des murs. Une famille de farfadets avait élu domicile dans l’étable attenant à la maisonnette. Le père, Miniel, ne mesurait pas plus de cinquante centimètres et avait une peau mate et ridée. Les habitants du village les voyaient souvent courir dans l’herbe, espiègles et farceurs, jouant parfois des petits tours aux voisins. En échange de lait et de petits gâteaux au miel que leur confectionnait Enora, ils s’occupaient de l’entretient de la chaumière, de la grange et du jardin. Quel que soit le jour et le temps, il y avait toujours quelqu’un attendant sous le porche d’entrée, venu solliciter les talents d’Enora. C’était la plus réputée et la plus ancienne guérisseuse du pays. Sur l’île d’Irlande, du Comté du Kerry au Comté du Donegal, là où se situait le village de Dun Chaster, il ne restait plus qu’une autre de ses confrères. Grâce à sa science des plantes, des pierres et des sorts, Enora faisait de nombreux miracles. Assise près du feu de tourbe, Gwenn passait de longues soirées à observer les gestes et écouter les conseils que prodiguait sa grand-mère. Son âme d’enfant était fascinée par ces talents mystérieux et la magie qui les faisait naître. Elle aurait tant aimé avoir elle aussi de tels pouvoirs. La fillette se plaisait à fouiller dans les livres et les potions de sa grand-mère, admirant les gravures et les écritures anciennes.
Edit du 09/03/2008: nouvel extrait: Toutes les semaines, Enora partait à l’aube, avec son sac de guérisseuse, en direction du lac. Gwenn n’avait pas le droit de la suivre. Etant encore jeune, elle se résignait à l’attendre et tournait en rond dans la chaumière ou alors se promenait dans le village, poussant parfois jusqu’au marché pour se changer les idées. Mais elle attendait toujours le retour de sa grand-mère avec impatience. En fin de soirée, Gwenn la voyait revenir avec son sac remplit d'herbes et autres sibyllines substances, les traits tirés et l'air grave. Depuis que Gwenn habitait chez Enora, elle avait eu droit à ce rituel tous les dimanches. A chaque fois que la fillette essayait de lui demander ce qu’elle pouvait bien faire la journée, seule, près du lac, Enora lui souriait et lui disait gentiment : « un jour, tu comprendras ». Mais cette réponse ne l’avait jamais satisfaite. Sa curiosité grandissante, l’enfant s’aventurait et suivait les pas d’Enora avec précaution chaque jour de plus en plus loin. Mais elle renonçait à chaque fois, de peur d’être découverte. Ses petites jambes étaient trop rapidement fatiguées pour se maintenir à hauteur de la vieille femme et ne pas se perdre. Lorsqu’Enora rentrait, elle lui demandait avec tendresse comment elle avait occupé ses journées, s’attristant de devoir laisser sa petite-fille aussi souvent seule. Gwenn lui racontait alors qu’elle avait vu des fées dans le jardin et que des leprechauns affamés avaient volé les pommes de terre amoncelées dans la cuisine. « Et les korrigans sont venus ! Ils ont cassé tes pots de poudre de mandragore ! » disait Gwenn. Longtemps, il en fut ainsi, et la petite fille ne put rien faire d’autre que d’attendre Enora et d’aller soulever les pierres du verger à la recherche de créatures magiques. Mais son insouciance se dissipa quelques temps après son quinzième anniversaire. Il lui sembla alors que le pendentif qu’elle portait à son cou faisait le poids d’une montagne et son sommeil ne fut plus jamais paisible. Elle voyait souvent en rêve les rives claires du grand lac, mais ce qui semblait une douce vision se terminait dans des eaux sombres, son corps submergé par des flots noirs et tempétueux. Elle se voyait disparaître au fond du lac, attirée par une force étrangère. Souvent, Gwenn se réveillait en sursaut en pleine nuit, le visage couvert de sueur et le cœur affolé par ces visions terrifiantes. Elle entendait au loin des lamentations, des cris de désespoir inhumains qui lui donnaient la chair de poule. Aussi, l’idée qu’elle se fit de ce lieu devint moins joyeuse et la crainte s’insinua en elle.
0/10 sur 0 vote
Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
1. irène Le 24/02/2008 à 20:04
2. mayou Le 25/02/2008 à 18:24
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Pages personnelles
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web